Les femmes noires sont dégueulasses
- laetitiaclaver2
- 27 août
- 2 min de lecture

J’ai entendu beaucoup de choses dans ma vie, mais cette phrase fait partie de celles qui m’ont le plus marquée.
Le contexte : je suis en cours, trois gars discutent en attendant l’arrivée du prof. Ils parlent de leurs expériences en boîte de nuit, de leurs conquêtes, du type de femmes qu’ils préfèrent.
Je suis assise à côté, casque sur les oreilles, sans musique (je n’avais juste pas envie d’être dérangée).
Mais forcément, j’entends tout.
Ces trois gars sont Antillais. L’un d’eux est métis, avec une mère blanche (ça a son importance). L’un montre des photos des rencontres qu’il à faite ce weekend. Et là, tranquillement, sans même avoir l’air de mesurer la violence de ce qu’il dit, le camarade métis sort :
« Les femmes noires, elles sont dégueulasses. »
Au calme. En toute sérénité.
Ces potes lui ont quand même dit rapidement qu’il ne fallait pas dire ça et que c’était faux, puis ils sont passés à un autre sujet. Moi, je suis restée muette, sous le choc.
Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est la banalité avec laquelle cette phrase a été prononcée. Comme si ce n’était pas une généralisation raciste et humiliante. Comme si on parlait simplement d’un goût personnel. Comme si réduire tout un groupe de femmes à quelque chose de « dégueulasse » pouvait être considéré comme une simple préférence.
Et c’est justement là que je trouve la question de la représentation importante.
On parle souvent de représentation comme si c’était uniquement une question de voir des personnes noires à l’écran, dans les magazines ou dans les campagnes publicitaires. Mais la représentation, c’est aussi montrer la diversité des corps, des visages, des cheveux, des traits, des histoires et surtout des manières dont les femmes noires peuvent être perçues.
Parce qu’à force de voir les mêmes standards de beauté partout, certaines personnes finissent par intérioriser l’idée que certains traits sont « beaux », tandis que d’autres seraient moins désirables, moins féminins, voire carrément repoussants.
Et ces idées ne restent pas dans les médias. Elles se retrouvent dans les conversations, dans les relations amoureuses, dans les boîtes de nuit, dans les applis de rencontre, dans les compliments qu’on reçoit (genre “t’es belle pour une femme noire”), ou qu’on ne reçoit jamais.
Alors oui, la représentation compte.
Mais elle ne suffit pas à elle seule. Il faut aussi déconstruire les préjugés, questionner les standards de beauté et apprendre à reconnaître les biais racistes et coloristes qu’on peut avoir intégrés sans même s’en rendre compte.
Parce que derrière une phrase dite « au calme » dans une salle de classe, il y a parfois tout un système de représentations qu’on a tellement normalisé qu’on ne pense même plus à les remettre en question.
Et personnellement, cette phrase, je ne l’ai jamais oubliée.




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