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Dix ans à écrire en secret : Écrire pour soi, avant d’écrire pour le monde

  • laetitiaclaver2
  • il y a 3 jours
  • 3 min de lecture

À l’ère des réseaux sociaux, il semblerait que plus rien ne soit privé, que plus personne ne possède de jardin secret. Quand je vois sur Instagram ou Threads des personnes douter de leurs écrits, se poser des questions sur la longueur des chapitres, sur les « règles » à respecter dans l’écriture, se torturer l’esprit dans tous les sens, je me sens chanceuse d’avoir grandi sans les réseaux, sans cette présence écrasante et parfois épuisante.


J’ai commencé l’écriture de romans à l’âge de 13 ans. Avant ça, j’aimais gribouiller dans des journaux intimes et ma principale passion restait le dessin. Je m’en souviens encore très bien : c’était les grandes vacances et j’étais en Martinique avec ma famille. À l’époque, mon grand frère dessinait aussi, c’était un peu mon modèle. Pendant ces vacances, il s’était amusé à faire de petites bandes dessinées avec l’un de nos cousins. Et évidemment, j’avais voulu faire pareil.


Je me souviens de l’histoire que je voulais créer : celle d’une princesse rebelle qui rêve d’aventure et refuse sa destinée royale. Elle quitte son château et, sur son chemin, elle rencontre plein de personnes assez diversifiées avec qui elle se lie d’amitié. J’ai commencé à dessiner la première page et… j’ai abandonné 😂. Mes compétences en dessin n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui et je manquais de patience. Mais je voulais vraiment que mon histoire prenne vie, alors j’ai commencé à l’écrire.


Depuis ce jour, je n’ai jamais cessé d’écrire. Ça a débuté à la main sur des centaines de feuilles de papier et ça s’est poursuivi derrière un écran quand j’ai eu mon premier ordinateur.


De manière générale, j’étais quelqu’un d’assez isolée et secrète. J’avais des amis à l’école et une famille qui appréciait me voir créer au quotidien, mais je gardais tout ce que je créais pour moi.


J’étais mauvaise en orthographe, donc la première fois que j’ai dit à mes amis que je voulais écrire, on s’est moqué de moi. Après ça, je n’en ai plus jamais parlé. À l’époque, j’avais déjà reçu des remarques méchantes sur mon physique, des remarques racistes, des moqueries sur ma manière de m’habiller, sur ma vision du monde. Je faisais partie des parias de l’école et même « mes amis » pouvaient parfois se moquer. Donc je me suis énormément fermée. Je n’écrivais ouvertement que devant ma famille, sans pour autant les laisser lire ce que je faisais. L’écriture, en plus du dessin, était devenue trop importante pour moi, vitale, et je ne voulais recevoir aucune critique. Dans mon esprit, je me disais : « Je ne veux pas que les autres gâchent ce que j’ai de plus précieux dans la vie. » Le monde avait déjà détruit ma confiance en moi à l’époque, et bien d’autres choses, et je voulais préserver mon art des autres.


Alors pendant des années, environ dix ans, j’ai écrit dans le secret, même quand les réseaux sont arrivés.

Mais voilà, les choses changent et évoluent. Écrire pour moi ne suffisait plus. À force de lire des romans, j’ai commencé à rêver de partage et de publication. Donc, après près de dix ans de secret, j’ai décidé de me confronter aux autres et j’ai publié mon premier roman vraiment terminé sur Wattpad : L’Ombre des flammes, que vous connaissez aujourd'hui sous un autre nom, Derrière le voile. 


C’était stressant, mais au final, même si à l’époque je n’avais pas eu énormément de lectures, j’avais reçu des avis positifs qui m’avaient encouragée. Puis ce roman a été publié en maison d’édition et j’ai commencé à travailler sur ma présence en ligne, sur Facebook à l’époque.


Malheureusement, à cause de ma fragilité émotionnelle et de mon inadaptation aux réseaux sociaux, je n’ai jamais réussi à créer une grosse audience. La pression que je ressens sur les réseaux est extrêmement dévorante. J’essaie de m’en détacher aujourd’hui, mais ce n’est pas toujours facile. Heureusement, parce que je suis restée des années à écrire dans le secret, que j’ai pu prendre le temps de me perfectionner seule, prendre confiance en ma plume, me connaître moi-même et comprendre ce qui fonctionne pour moi, la pression des réseaux sociaux a eu peu d’impact sur mon écriture.


Certes, à cause des réseaux, je me suis mise à douter de mes écrits, à être plus dure avec moi-même, mais jamais au point d’être aussi torturée que certaines personnes que je vois sur internet. Je ne me pose jamais de questions sur la longueur de mon texte, sur la manière d’écrire, la taille de mes chapitres, prologue ou non. Je suis assurée dans mon processus et dans ce que je souhaite écrire, et ça, c’est grâce à ces années de solitude.


Alors si vous commencez tout juste l’écriture, j’aurais un conseil très simple à vous donner : gardez ce nouveau jardin secret. Ne soyez pas trop pressés de vous confronter aux autres. Apprenez d’abord à vous connaître avant de plonger dans les méandres d’internet et des critiques.

1 commentaire


Phyllida Bentley
Phyllida Bentley
il y a 2 jours

Writing in solitude to build confidence is such a valuable approach. It’s inspiring how the author stayed true to herself despite online pressures. https://aimusicdetector.online

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Laëtitia Claver

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